On a pu parler avec Anne-Lise Nalin, auteur du blog Un monde vu d’en haut, à propos de son parcours, de ses projets, et de ses envies. Et s’il y a quelque chose dont on est sûr, c’est que la jeune illustratrice en a !

Bonjour Anne-Lise ! Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu nous parler de ce que tu fais et  de ton parcours ?

Bonjour ! Alors, je fais de la BD, de l’illustration jeunesse, ado et adulte, des couvertures de roman, de jeux vidéo… J’ai commencé il y a 5 ans, quand j’étais tout juste majeure. En fait j’ai arrêté l’école à 16 ans, donc je me suis assez naturellement tourné vers le free-lance. D’abord avec mon blog, puis grâce au bouche-à-oreille, j’ai eu des demandes, et ça s’est fait comme ça ! Je n’ai pas « fait d’étude », je n’ai pas mon bac, et me lancer dans ce métier était synonyme de débrouille. J’ai découvert l’administratif, notamment… Mais c’est aussi à ce moment que je me suis fait des amis ! Au début du blog, j’ai eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont conseillée, c’était chouette. Quand j’ai commencé à décoller, j’ai pu rencontrer des gens super au festiblog notamment !

Tu peux nous parler de ta première BD ?

Oui, c’était un projet en collaboration avec Wandrille (auteur, créateur des éditions Warum et Vraoum). C’est une bande dessinée qui s’intitule « Premières Vendanges », sortie en 2014, et qui parle de trois filles qui partent faire les vendanges. Il se passe plein de choses, elles cohabitent à la campagne avec des gens d’un milieu différent du leur, elles font ce que les jeunes font pendant les vendanges… Pour l’une d’elle notamment c’est un peu l’histoire de son passage à l’âge adulte.

Comment as-tu abordé et vécu tout ce processus créatif ?

Il faut savoir que le scénario n’était pas de moi ; moi, je faisais l’illustration. Principalement, des vignes. Beaucoup de vignes. Et de feuilles de vigne. Non, sérieusement, c’était un travail très enrichissant, et éprouvant ! C’était la première fois que je travaillais sur un projet BD complet, et j’ai dû apprendre à gérer mon temps : le projet a duré un an au lieu des six mois prévus, par exemple.  C’est un travail de longue haleine, mais la collaboration est passionnante.

 

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Tu aimerais sortir une BD que tu aurais entièrement conçue, réalisée, etc. ?

Oui bien sûr ! Mais c’est un métier à part entière, et je pense que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre ! Par exemple, écrire un scénario, c’est avant tout être auteur.  Et j’aimerais que ce que je fais soit crédible. Pour une histoire (probable) de thriller, par exemple, je voudrais éviter les lieux communs, les clichés, les redites… Il faut que ça reste plausible, que ça fonctionne, et c’est tout un travail à maîtriser. Ensuite, il faut tout mettre sous forme de story-board. Ca, je suis plus à l’aise, mais ça reste un travail énorme !

Et en ce qui concerne d’autres collaborations ?

Oui j’ai un projet qui me plaît beaucoup avec Joris Chamblain ; c’est une BD sur une fille qui emménage loin de chez elle et de ses amis… Elle déprime un peu, jusqu’au jour où elle trouve dans sa chambre le journal de l’adolescent qui habitait là avant elle. Elle apprend qu’il était atteint de Xeroderma Pigmentosum, la maladie des enfants de la lune. A partir de là, il se passe plusieurs choses, dont je ne vais pas parler ! C’est édité chez Kennes, une boîte belge super sympa, petite équipe, bonne ambiance… Ca devrait sortir vers la rentrée 2016. J’ai un autre projet qui devrait voir le jour début 2016 : des albums jeunesse sur des chevaliers. Ca me change, ça va m’obliger à dessiner des chevaux par exemple ! Ensuite, bien sûr, je travaille avec le jeu vidéo Chronicles of Teddy dont la version sur WiiU va sortir prochainement. Grosse année en perspective pour moi ! Sur ce projet je fais notamment du chara design, et je bosse sur des cinématiques. C’est vraiment très intéressant, parce que je n’ai pas fait d’animation, n’ayant pas la formation pour ; là je peux dessiner des choses qui sont destinées à bouger. C’est aussi super de travailler avec Storybird (qui conçoit le jeu), parce que ce sont des amis, à la base. Ca a ses bons et ses mauvais côtés : ils savent comment je travaille, et impossible de leur faire le coup du « mes oiseaux ont mangé mes devoirs ! ».

Tu penses que la BD est un métier porteur ? Ou tu t’estimes chanceuse d’y ‘survivre’ ?

Je ne sais pas, je dirai que c’est un métier qui demande énormément de travail, et qui fonctionne aussi à la chance. Je peux parler de ma propre expérience : j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer des auteurs à mes débuts, notamment à l’atelier Zarmatelier, avant de rejoindre le collectif Anachronique. Ils m’ont appris la mise en scène dans la BD, ils m’ont pas mal épaulée. J’ai la chance de pouvoir avoir un stage encadré par Bruno Bessadi, qui m’a beaucoup appris. Et puis j’ai été invitée au Festiblog en 20010, et là on rencontre des gens… Ca se fait comme ça, par le bouche-à-oreille, principalement !

 

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Il y a des figures qui se dégagent dans tes sources d’inspiration ?

Il y en a tellement ! Il y a Boulet, Yrgane, Barbara Canepa, Barbucci, Yohan Sacré. Barbara Canepa, c’est une des auteurs derrière WITCH, que je lisais quand j’étais vraiment jeune. J’ai eu la chance de la rencontrer, et c’était un vrai rêve de gamine ! Guillaume Bianco aussi, j’adore ses dessins. Il y a bien sûr Kerascoët, eux c’est un couple, et j’adore leur travail. Ils ont fait Jolies Ténèbres, Miss Pas Touche. En fait il y en a tellement, je vais en oublier !

t le fait de ne pas avoir fait d’études, tu l’as parfois vécu comme un obstacle ?

Je ne sais pas. Evidemment il y a des points positifs et négatifs aux deux situations. En ce qui concerne ma vie en tant qu’illustratrice, j’ai l’impression d’avoir presque gagné des années sur ma vie. En très peu de temps, j’en ai appris beaucoup, et je pense bien plus que si j’avais poursuivi jusqu’au BAC. Sur le plan social, c’est une autre affaire, je n’ai pas vécu la même adolescence que tout le monde. D’abord, je souffrais à l’époque de phobie sociale, et je n’étais pas à l’aise au collège. Depuis, je suis complètement guérie, et je pense que la BD m’a aidé à dépasser cette gêne. Le fait, aussi, de vivre seule : j’étais obligée de me débrouiller, d’aller parler  aux gens, etc. Mais au niveau de la création, je pense que dans ce métier il suffit de savoir ce que l’on fait, de travailler dur, pour que le parcours académique ne compte plus sautant.

En ce qui concerne les projets, il y a un fil conducteur ? Ou tu prends ce qui vient ?

Il y a quelque chose d’intéressant avec les projets, c’est qu’ils ne s’équilibrent absolument pas dans le temps ! Je peux passer plusieurs mois dans une ambiance désertique, avec peu de travail à me mettre sous la dent, puis être surchargée tout à coup ! Mais en ce qui concerne mes critères de choix, je me lance dans tout ce qui me plaît, et c’est souvent le cas. J’ai dû refuser seulement quelques projets, dans lesquels je ne me reconnaissais pas du tout : des clichés, des propos parfois limite sexistes, etc. Je ne pense pas pouvoir illustrer de telles idées, après tout ce n’est pas juste du dessin, c’est une forme d’engagement ! Mais pour les autres projets, par exemple le jeu vidéo, ça se passe très simplement : on me propose, le projet me plaît, et j’accepte ! J’ai notamment participé au projet 17 mai, et j’ai pu en apprendre un peu plus sur le monde LGBT. Le tome 2 est sorti en juin ; c’est un collectif d’auteurs qui font de courtes histoires sur ce monde, contre les clichés, avec humour, tendresse, etc. C’est un super projet, qui nous tenait beaucoup à cœur.

Sur ton blog, on peut voir que tu utilises plein de supports différents : numérique, aquarelle, encre de chine… c’est une diversité qui te plaît ?

Oui je m’éclate à utiliser toutes les techniques ! Je ne pense pas avoir de style encore tout à fait arrêté, et immobile. Bien sûr, j’espère quand même avoir ma patte ! Il paraît d’ailleurs que l’on me reconnaît dans le choix des couleurs… Après, ça dépend des commandes. Pour le jeu vidéo par exemple, je devais naturellement me tourner vers le numérique. C’est moins coûteux, plus rapide, et surtout, dans ce cas, bien plus adapté au projet ! Mais sur mon blog, et dans mes projets personnels, j’adore expérimenter, autant avec l’encre de chine que l’aquarelle … Je trouve ça plus chaleureux, plus vivant, plus humain ! Et c’est ce qui me plaît le plus, personnellement. Les histoires qui me plaisent le plus à raconter sont celles qui parlent avant tout de l’humain. Et je pense que les méthodes traditionnelles collent plus à ce type de propos.

Et la diversité dans les commandes te permet d’expérimenter avec les différents sujets que tu dessines aussi ? C’est une vraie liberté ?

Oui bien sûr, le boulot me donne de grandes opportunités pour m’améliorer. Par exemple, je vais devoir apprendre à dessiner les chevaux et les armures pour les albums jeunesse sur les chevaliers ! C’est ce qui permet à ma technique de s’améliorer très rapidement, et c’est une chance d’être face à une telle diversité. Avant un projet, je fais beaucoup de recherches : il faut que ce soit crédible. Les connaisseurs s’aperçoivent immédiatement des incohérences : si le chevalier ne pouvait pas bouger dans la réalité avec une telle armure, si je ratais des détails, et bien tout le projet en pâtirait tout entier. Je dois aussi apprendre à dessiner les animaux ! Je pense avoir ma patte pour les personnages, mais je n’ai pas encore adapté mon style aux animaux, ça a l’air d’être quelque chose d’assez difficile. Tout ça, c’est des occasions de s’améliorer !

Si tu pouvais te lancer dans un projet qui sorte des sentiers battus, un truc bien à toi, peut-être un peu fou, ce serait quoi ?

J’avoue que le style dark me plaît assez. Un bon thriller, avec du sang. Oui, un thriller sanglant, voilà ce que j’aimerais faire !

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions !

 

            Propos recueillis par Claire Le Gouriellec.

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