Après dix jours d’effusions musicales dans les quatre coins de la métropole rennaise, le festival de musique I’m From Rennes s’est clotûré samedi 26 septembre. Une quarantaine de groupes rennais dans des lieux plus ou moins insolites (ou intimistes) de la ville : voilà, en quelques mots, ce qui fait la particularité de l’événement.

A l’occasion du festival, la Chapelle du conservatoire, résonnait encore, samedi 19 septembre, au soir, de la douce et chaude voix de Ladylike Lily. Cette artiste bretonne de 27 ans est revenue à Rennes, ville de ses débuts musicaux, pour nous transporter dans son univers intimiste et initiatique, déroutant mais intriguant. Si elle nous a proposé quelques titres en anglais issus de son premier album intitulé Get your soul watched, elle a aussi chanté en français, nouveaux titres que nous retrouverons dans le prochain album. Nous l’avons rencontré pour une interview : découvrez la ou redécouvrez la avec Ô Magazine.

Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

La musique est entrée très très tôt. Je crois que je n’ai pas de souvenirs d’enfance lié à un premier moment musical puisque ça s’est intégré toute suite et puisque j’ai grandi dans un environnement hyper propice à la musique. J’ai des parents mélomanes, ma maman est harpiste, et du coup, ça a toujours fait parti de ma vie. En grandissant, j’ai eu un intérêt immédiat pour les instruments et pour le chant. Ça s’est développé plus tard, bien plus tard même, et ça ne m’a jamais quitté.

Tu t’appelles Orianne Marsilli et tu as choisi d’adopter le nom de scène Ladylike Lily, pourquoi et que signifie t-il ?

A l’époque où j’ai commencé à jouer toute seule, j’avais une grosse terreur de la scène et d’assumer ce nouveau projet. Les morceaux étaient déjà très personnels, et je voulais absolument avoir une protection, une espèce de petite couverture de survie, parce que je ne me sentais pas d’assumer ces morceaux sous mon nom. En plus, j’avais 22 ans. Je me demandais si je voulais vraiment assumer ce truc là toute ma vie car on change à travers les années… Il fallait quelque chose d’un peu doux, d’un peu « coucounesque » pour annoncer  la couleur. Ce n’est pas facile, en plus, de trouver un nom. Il doit annoncer ce qu’il va transmettre musicalement. Je me suis donc dit que Ladylike Lily pouvait être pas mal.

Quelles sont tes influences musicales ? Y a t-il des figures qui t’inspirent dans ton travail ?

C’est bizarre, en fait, c’est pas tant la musique qui m’inspire mais c’est plus les films, tout ce qui est visuel me touche et quand j’écris une chanson, je visualise les choses. C’est pour ça que j’écoute peu de musique. J’ai un rapport assez particulier avec elle, je suis un peu une éponge. Quand j’en entends, c’est parce que mon environnement à la maison m’en fait écouter… ou quand j’ai du mal à dormir. On ne peut pas dire que je sois quelqu’un qui ait une grande culture musicale. J’ai pioché à droite, à gauche, des petites choses. On est influencé par tout ce qu’on entend. La mémoire sonore est immense et je me base sur ce que j’ai entendu depuis toute petite… jusqu’à aujourd’hui. Tout cela m’a influencé. Et j’ai surtout l’impression que le plus probant ont été les dix premières années de ma vie, tous mes souvenirs. Ce qui me donne le plus d’émotion, c’est de retrouver des sons de mon enfance.

Tu t’autoproduis, et c’est une chose qui semble te tenir à cœur ?

Oui, jusqu’à maintenant j’étais à fond dedans, c’était un choix de vouloir défendre ce truc là toute seule, de vouloir voir jusqu’où on peut aller quand on est seul, pas signé, en autoproduction. Mais je ne l’étais évidemment pas, il y a des gens avec qui j’ai travaillé main dans la main : le distributeur, le tourneur, etc… J’ai trouvé ça hyper intéressant, mais c’est aussi très fatiguant parce qu’on passe beaucoup de temps à s’occuper de chose qui n’ont plus rien à voir avec l’artistique. C’est pour ça, qu’aujourd’hui, je me suis dirigée vers un manager pour m’aider à trouver une maison de disque et pour défendre mon deuxième album sur lequel j’ai envie de me concentrer. J’ai envie de m’améliorer sur plein de choses : sur la pratique d’instrument, sur la préparation scénique, sur l’évolution vocale. Car le fait de chanter en français est un gros virage pour moi. C’est tout nouveau. Il me faut du temps pour m’y habituer. Et je vais pouvoir réinvestir ce temps pour préparer tout ça. Je ne vais plus le passer à m’occuper des choses qui touchent à l’aspect financier, à l’organisation, etc. C’est un métier quoi, c’est vraiment un métier.

Et comment définirais-tu ton style ?

De la pop. Ladylike Lily, depuis le début, c’est de la pop. Au début, ça avait des allures plus folk, c’était plus précis et plus nord américain au niveau des influences. J’ai écouté des choses beaucoup plus joyeuses, je suis allée voir de nombreux concerts ces dernières années, et du coup, j’avais aussi envie de choses plus rythmées à défendre sur scène.

© Jérôme Sevrette© Jérôme Sevrette

On a aussi tendance à t’associer à Emily Simon, qu’en penses-tu ?

On m’associe à Emily Simon, à Emily Loizeau, à pas mal de chanteuses qui, dans la démarche, ont pris beaucoup d’initiatives et qui savent vraiment où elles veulent aller, et je comprends qu’on veuille comparer. Après, au niveau de l’univers, Emily Simon est allée, je crois, vers des choses très différentes ces derniers temps. J’ai pas tant écouté Emily Simon, c’est rigolo. En tout cas, je comprends qu’on puisse faire un parallèle. Mais au niveau de la démarche, il y a plein de chanteuses à qui on peut me comparer…

Tu me fais aussi beaucoup penser à Mina Tindle !

Oui, Mina Tindle, on a fait une date à Rennes ensemble. Musicalement, je me sens plus proche de Mina Tindle. Je pense qu’on écoute les même choses.

Pour revenir au premier album, certains titres comme la couverture semblent enfermer un univers assez intimiste, assez sombre, il parle de quoi finalement cet album ?

Il parle de plusieurs choses, cet album… Il parle de grosses blessures amoureuses qui étaient là depuis longtemps et que j’avais besoin de mettre en morceaux. Mais ce n’est pas la totalité de l’album : il y a aussi des morceaux qui n’ont presque pas de sens, qui sont juste des petites histoires. Le morceau Creepy Bird, par exemple, est à la base une peinture de Christopher Orr. Il représente un oiseau, seul, devant un haut-parleur. J’ai trouvé cette peinture magnifique et je me suis dit : « C’est marrant, qu’est-ce qu’il fait là cet oiseau ? Comment peut-il se retrouver là, tout seul ? » et j’ai commencé à écrire une histoire, sur lui. Ce n’est pas forcément des choses qui me sont personnelles, mais ça rejoint des thèmes qui me touchent. Cet album, c’est un peu un collage de plein de choses de cette époque là. Il y a des morceaux qui datent d’il y a 5 ans. Il y a un côté enfantin car certains d’entre eux sont presque sous la forme d’un conte, chose qu’il n’y a pas du tout dans le deuxième album.

Le deuxième album est prévu en 2016 ?

J’aurais aimé qu’il sorte avant mais ça prend beaucoup de temps. J’ai commencé à l’écrire l’année dernière mais le fait même de changer d’équipe déjà, d’aller chercher d’autres gens qui vont pouvoir me défendre, freine un peu la sortie du disque. En fait, je suis en attente d’une maison de disque. Je ne veux plus le produire seule parce que c’est épuisant et j’ai connu beaucoup de déceptions. Ça compte aussi. Quand on met toute son énergie dans un projet et qu’on en récolte pas forcément les fruits, c’est hyper frustrant. Mais, on apprend plein de chose. Je sais que j’ai tout à y gagner à être patiente et si ce disque sort en mai 2016 ou en septembre 2016, j’aurai tout le temps de me préparer en amont et d’arriver sereine. En fait, je veux pouvoir l’assumer hyper longtemps, je veux en être fière, je veux que ça soit mon bébé !

Et pourquoi ce passage de l’anglais au français ?

A l’époque où j’ai commencé Ladylike Lily, ça faisait suite à une période où j’avais été trois ans à la fac. J’y avais suivi une licence d’anglais (un pur approfondissement de la littérature anglaise et américaine). Comme j’en avais été hyper imprégnée, ça m’a donc semblé normal d’écrire en anglais. Et puis le fait de chanter en anglais a débloqué plein de trucs. J’étais très anxieuse avant, et j’ai trouvé que c’était beaucoup plus simple, que l’air passait plus facilement. C’est pour ça qu’il y a plein de gens qui se dirigent vers l’anglais, c’est parce qu’il y a ce truc là, un peu facile. Au niveau de la voix, ça passe mieux. Je me suis mise à écrire en français car il y a un moment où je me suis dit : « Attends, la plupart des gens à qui je m’adresse sont français, il faudrait quand même que j’arrive à faire un ou deux titres en français, c’est important ». En plus, il y a trois ans, j’ai tourné avec Miossec. C’était hyper présent ce truc là, on en a beaucoup parlé. Mais moi, sur le coup, je ne voulais vraiment pas écrire en français. Et à partir du moment où je me suis lancée, ça a débloqué un nouveau truc et j’ai eu envie de ne faire que ça. C’est comme si on m’avait mis entre les mains un tout nouvel instrument que je ne connaissais pas […]. J’étais comme une gamine avant Noël. Voilà comment ça s’est passé.

D’ailleurs, tu es Bretonne et tu as passé une partie de tes études à Rennes : finalement, chanter pour le festival I’m from Rennes paraissait comme une évidence ?

Oui, tout à fait, j’ai passé sept ans de ma vie à Rennes. C’est le berceau de tout ce qui s’est passé pour moi musicalement, donc ça a un sens. D’ailleurs, on aurait dû faire des choses ensemble quelques années auparavant. Ça n’avait pas pu se faire. Je savais que je ferai le festival, quoiqu’il arrive. C’est aussi une fierté parce que Renne est une ville qui m’a poussé vers ça. J’ai eu beaucoup d’aide, depuis le début, des organismes rennais. Donc, c’est important.

Et pour finir, as-tu d’autres projets ? Des envies à concrétiser ?

Oui, j’ai d’autres projets mais je ne sais pas faire les choses à moitié. Comme j’ai tendance a beaucoup m’investir dans les choses, j’essaie quand même de freiner un petit peu. J’ai un ami avec qui j’ai fait pas mal de musique il y a 5-6 ans. Et le projet s’est arrêté parce qu’on avait pas les même ambitions. Et on se remet à faire de la musique ensemble et ça me fait beaucoup de bien. Je ne suis plus vraiment au cœur du truc, on est vraiment un duo et c’est hyper intéressant. Cela permet de faire plein de nouvelles choses que je ne me permets par forcément d’habitude. J’ai aussi des collaborations tournées vers la musique de film et de pub sur Paris. Avant même de faire de la scène, c’est ce qui m’intéresse. L’écriture quoi. Je me verrais bien finir ma vie, au chaud, au coin d’un feu à écrire des petits morceaux.

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Et pour le plaisir des oreilles, voici quelques titres.

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