Alors que les aoûtiens se jettent dans les destinations habituelles pour rapporter des selfies carte postale et espérant que des imprévus rendent leurs vacances inoubliables, vous pouvez choisir le guide du Petit Futé des expériences mémorables : la France Coquine.

J’écris cet article fin juillet. Assise sur une chaise pliante, en face de la fenêtre grande ouverte, je contemple un autre immeuble me disant que je regarde les toits de zinc avec au loin Madame la tour découpant comme un banana split le coucher du soleil sur la longitudinale de Paris. Et je me dis que le mois d’août arrive. Auguste mois que le mois d’août, fier de son beau temps qui tourne à la pluie au 15, fier de ses températures élevées, qui tombent avant le 15, fier d’être le bouquet final des vacances. Auguste mois où Paris explose, éparpillant les Parisiens et les Parisiennes aux 4 coins du monde pour les uns et aux 6 coins de l’hexagone pour les autres, et ne laisser que des touristes grouillant dans les quelques quartiers encore animés, sans remarquer la fin de la saison théâtrale, la fermeture des galeries, piaillant dans un Paris Plage de plus en plus coûteux. Août arrive et je dois songer à partir.

N’ayant plus de copine financière qui m’emmenait partout en voyage, n’ayant pas eu l’instinct de me coller à un couple d’amis passant leurs vacances à Borne-Les Mimosas ou au Cap Ferret, me voilà comme une aventurière sans carte au trésor : je ne sais pas où aller. À la recherche donc d’un dépaysement, je me téléporte dans une librairie pour trouver le guide du Petit Futé qui m’attirera dans quecquepâre. Ainsi, les caprices aléatoires d’une lecture en diagonale de quelques guides décideront de mes vacances.

Toutes les destinations défilaient sous mes doigts sans qu’aucune n’arrêtât réellement mon attention. J’étais comme dans un magasin de vêtements lorsque la nouvelle collection se veut classique au point de rendre insipide toutes les pièces pendues aux cintres. Lorsque tout à coup, un T-shirt tendance profane sort brutalement du lot : je tombais sur le guide Petit Futé de la France Coquine.

Le sort en avait voulu ainsi : le tour de France cycliste étant achevé, il n’y avait plus rien à faire à la capitale. J’achetais un maillot jaune à la boutique de souvenirs d’à côté et je partais faire mon tour de France coquin. Le parcours se définissait sur quelques grandes étapes inspirées du dernier tour cycliste ; je prenais mes résas en suivant l’itinéraire, AirBnB s’il n’y avait pas de connaissance sympa dans le coin. Le plan était simple : pour chaque étape, essayer une recommandation du guide, en tâchant de ne pas tomber dans le glauque, et de toujours s’amuser sans jamais se forcer.

Ce sera une aventure, une expérience et quelque part aussi une épreuve. Si je peux être accompagnée, je devrais motiver mes amis contre leurs tabous. Si je le sens mal, je devrais être capable de plier les gaules. Ce sera tous les soirs comme un saut. Je serai à chaque fois dans un endroit inconnu, où personne ne saura que je suis là, et j’en attends un profond sentiment de liberté, mais que j’appréhende comme un risque de la salissure. En me projetant dans ces vacances coquines, je me sens comme une vierge dilettante, qui sourit de son éphémère préciosité. Mais si je tombe sur des Patricks qui ne me respectent pas ? Et si je me retrouve la seule libertine de la soirée, la seule gratuite, je serai comme ce flacon testeur qu’on laisse en accès facile pour que tous les pingres de passage viennent se parfumer for free.

Certes, je ne suis pas à la recherche de l’âme sœur. Non. Et je ne suis pas non plus à recherche d’un plan cul. Non plus. Alors que vais-je faire ? Vais-je prendre du plaisir ? Où est le plaisir dans le sexe ? Si ce n’est que physique pourquoi préférer des beaux corps ? Non, le sexe n’est pas physique : il y a le plaisir de posséder, de salir, de toucher, toucher, toucher et vouloir salir ; et aussi il y a le plaisir à être sale, salie par un inconnu, un bel inconnu, de beaux inconnus, au risque de l’être par des bolosses. Comment renverser la vapeur, une fois sur ce lit souillé, dans cette pièce lugubre dont les fragrances bon marché cherchent maladroitement à étouffer, l’odeur de sécrétions et de bactéries en démultiplication ? Une fois saoule, riante, enfumée, la culotte à l’autre bout du bar, les chaussures oubliées dans les toilettes, un barbu penché sur la poitrine, un mateur bedonnant devant la porte, que ferais-je si c’est pas ok pour moi ? Pourrai-je tout arrêter en criant « Jéronimo » et perdre ma soirée, préférer finalement un Marvel au ciné ou un Smoothie en terrasse ?

Pour les soirées coquines, il faut se sentir bien, ne pas y aller seule, se savoir protégée, accompagnée, et en cas de pas-bien-moment, savoir qu’on pourra se blottir dans des muscles déjà connus, qui vous feront du bien, devant tout le monde, derrière les mateurs, à côté des professionnelles, ou tout simplement ailleurs. Je n’irai pas seule : c’est la preuve qu’il n’y a pas d’égalité homme femme : alors que les hommes y vont seuls pour parfaire leurs goûts, les femmes, elles, y vont se blottir ou n’y vont pas.

Par Bénédicte

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