Le bar Dacouar vient de s’ouvrir dans le quartier latin, j’en profite. Il n’a suffit que d’un bar à champagne pour que je passe à la polyandrie.

Île du Pacifique où les hommes sont nus et jouent à se muscler et à la lire Cyril Lignac quand ils ne massent pas délicatement leur femme, la polyandrie appartient à l’archipel des fantasmagories, à proximité de son mythique ennemi, la polygamie.

Donc voilà. Alors que depuis quelque temps je me trouvais bien mise en régulière, j’étais en train de profiter d’un peu de juvénile allégresse quand un inconnu m’aborde. Voici sa méthode de drague (les lecteurs qui enchaînent vestes sur râteaux peuvent s’en inspirer) :

Ômag.2016.Dacouar.1Tout d’abord je suis dans un magasin de bouquins, pensive, me laissant monter d’étage en étage par l’escalator (mon animal de compagnie). Arrivé à l’étage, il est là, regardant dans le vide et dans ma direction ; je le fixe comme s’il ne me voyait pas réellement ; puis il donne l’air de me découvrir ; une étincelle de plaisir dans son œil, un sourire esquissé et il détourne la tête dans une préoccupation intellectuelle. Bien sûr, il a joué la comédie : il s’était placé, il avait préparé son enchaînement d’expressions. Trop habituée aux regards complimenteurs, je n’ai rien exprimé. Un peu plus tard, je le vois au loin, cherchant un livre à quelques tables de moi. Je croyais qu’il ne savait pas que je le regardais, lorsqu’il me fixa bien en face d’un œil évaluateur : il lui fallut une bonne seconde pour déduire qu’il me plaisait assez. Il me sourit et s’approcha tranquillement, sans me lâcher du regard. Effet tunnel. Il aborda la conversation comme un rendez-vous professionnel : « Bonjour, je m’appelle X. – Bénédicte – Enchanté Bénédicte. Vous cherchez un livre de philo, vous êtes philosophe ? » Puis quelques questions ouvertes, et tranquillement il s’installe dans mes pensées. Nous terminons nos achats et il me conduit chez Dacouar.

Ômag.2016.Dacouar.2Dacouar fut imprévu et parfait. Un bar à champagne dans le quartier latin. Belle ambiance, on s’installe, on se met à l’aise. Une coupe, puis une deuxième. On s’assoit, on se rapproche. Nous descendons au sous-sol, ambiance plus feutrée. Il ne parle plus de la philo avec intérêt, mais il m’interroge sur mes goûts, les partages et les reformule avec emphase ou poésie. Un plat de houmous : c’est incroyable comment ça s’accorde bien avec le champagne. Alors une bouteille de champ. On se tait, on goûte, apprécie, savoure. Brut, fin et parfumé. Le moment est très facile pour lui, je serais obligée de céder.

Mais comme la pensée du philosophe s’arrête là où comment son envie d’évacuer, me voilà allant faire un tour aux toilettes. Assise, je construis ma phrase de fuite : « je dois partir, je suis déjà avec un mec, désolée,… vraiment ». Je sors et il se lève vers moi, s’excusant de devoir partir. Il me l’a fait à l’envers ! En partant il prend une bouteille pour chez lui, salut les hôtes, et me raccompagne un bout de chemin.

En chemin, il parle du temps, de ces petits moments de plaisirs, et m’interroge sur ma vision d’une vie accomplie. À jeun, ça aurait été bien nul, mais avec quelques coupes, la discussion prend sens. Nous passons à côté de chez lui, il m’invite à monter, je suis. Arrivé dans sa chambre de bonne, il ouvre la bouteille de champ, et le piège de la garçonnière m’apparaît avec évidence. Nous avons fait l’amour au champagne, et il me laissa rentrer chez moi.

Ômag.2016.Dacouar.4Le lendemain je retournais chez Dacouar, avec mon mec officiel. Je lui fis commander une bouteille, nous avons dîné léger (houmous, c’est incroyable… !) et bon, dans une ambiance cosy. J’espérais retrouver Mister X, pour souffrir de le voir faire son numéro à une autre, ou pour lui affirmer mon indépendance féminine. Et nous sommes repartis avec deux bouteilles pour y faire l’amour. Je voulais jouir de ma polyandrie au champagne.

Par Bénédicte

Dacouar, 6 rue Suger, Paris 6e

www.dacouar.com

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