Le macaron est devenu le marronnier de la pâtisserie française. Toujours plus facile à manger qu’un mille-feuille, il laisse les mains propres et sa variété de goûts limite les risques de proposer le parfum que quelqu’un n’aime pas (Mais si t’aimes rien, tu te casses de ma vie !).

À propos de la variété, j’ai découvert les parfums salés créés par Franck Deville. C’est beaucoup plus utile qu’un couteau Suisse car vous pouvez les manger, et cela à tout moment du repas, et même avec du vin. Donc, ce sont des macarons qui vous condamneraient à boire du thé, mais au contraire, ils vous invitent à attaquer une viande, à vous resservir en salade, à ouvrir un fromage, à carafer un Bordeaux.

D’un point de vue plaisir, avec des macarons salés, vous ne vous sucrez pas la bouche, vous ne vous rendez pas addict, vous ne vous shootez pas au glucose, vous ne vous dégoûtez pas, vous en reprenez librement.

Voilà comment faire (= le rituel mystérieux et instinctif) : Vous tenez à deux doigts le macaron. Vous le portez à vos lèvres en vous rappelant bien qu’il ne faut pas fermer les yeux (so shooting). Vous croquez pour en mettre en bouche la moitié exactement. Et alors, en un instant d’éveil ratiocinant, vous mesurez la différence entre le déterminisme et le libre arbitre.

En effet ! Avec un macaron sucré, le glucose amandé se répand entre les connexions synaptiques et cristallise un nouveau réseau neuronal en forme de puit sans fond qui inhibe de calcul logique. C’est ce que les plus grands chercheurs appellent l’addiction. Vos yeux restent sur l’assiette, votre main reprend, votre bouche s’ouvre, même si une petite voix, loin, très loin vers les pieds, vous dit qu’il faut s’arrêter, mais elle disparaît à la prochaine bouchée, comme une ombre à midi. Vous suivez la pente de l’overdose, celle où seul le foie peut encore vous arrêter… quand il sera trop tard pour vos hanches.

Alors qu’avec un macaron salé, chaque partie de la langue discute celle d’à côté, demande l’avis des yeux, écoute la réaction des lèvres, informe le cerveau et prévient le ventre en surveillant ses mouvements. À chaque mastication vous pensez.

Alors que le macaron sucré propose l’expérience du pire déterminisme mécaniste. Le macaron salé c’est le libre arbitre existentialiste, et sans la fatigue de la lecture sartrienne.

Par Bénédicte

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