Beaucoup sont ceux qui parlent de détermination mais la détermination ne s’invente pas. Elle prend racine et se révèle en nous. C’est une réponse à nos douleurs et nos traumatismes. Ce qui nous enfonce vers le fond devient alors sublime. C’est surement ce qu’on appelle le talent. Une esquive à la colère. Nous n’allons pas réexpliquer la résilience…

Chapitre I : De l’enfance à l’aventure…

Julie a quatorze ans. Elle vit en Guadeloupe. A Petit-Bourg exactement. Le week-end, lorsqu’elle a la permission de sortir, elle joue avec ses cousins sur le manguier devant la maison. Ils aimeraient avoir un vélo. A force d’en parler et d’effleurer ce rêve de pouvoir posséder un vélo, Julie se dit « mais pourquoi je n’aurais pas de vélo ? » en rentrant chez elle le soir.

– Maman, est-ce que je pourrais avoir un vélo s’il te plait ? demande la jeune fille

– Comment je vais te payer un vélo ma fille ? lui répond la mère

– Bah avec de l’argent.

– Et comment est-ce que je fais pour avoir de l’argent ?

– Bah avec ton travail.

Sur ces quelques paroles échangées, c’est en allant vendre des billets de tombola qu’une lumière jaillit dans l’esprit de notre aventurière en herbe. Elle se met en tête de vendre des sorbets : « non ce serait trop compliqué… mais les cacahuètes, ça marche bien et c’est pratique à faire ». L’idée lui vient claire et nette comme de l’eau pure. Elle retourne voir sa mère pour négocier l’avance d’un stock de pistaches et de cacahuètes, ainsi que du papier pour faire des cornets. En quelques semaines elle rembourse sa mère et réinvestit le bénéfice dans sa petite affaire. A force de persévérance, Julie nous prouve que le travail paie. Elle réussit à acheter son vélo.

Julie a grandi en ce pays, derrière la carte postale, là où les eaux sont plus que belles et les visages uniques. Là où la vie rude est faite de travailleurs qui sacrifient leur vie pour celles de leurs enfants. C’est le passage de relais des générations. L’histoire qui se répète avec les traditions. Et Julie, petite fille d’un masseur, ou plutôt d’un guérisseur, y vit simplement.

En Guadeloupe, la culture du soin est très importante. Loin des SPA destinés aux touristes, toutes les familles pratiquent massages et soins de bien-être. Pendant les vacances, Julie va récolter la carapate pour en faire de l’huile avec sa grand-mère. Cette huile si riche pour les cheveux qu’elle utilise toute l’année. Chaque veille de rentrée, elle prend le traditionnel bain d’hibiscus comme un rituel purifiant la préparant à affronter la vie. Elle l’affrontera, et réussit sa scolarité. Julie cultive alors un rêve, celui de créer un SPA pour les habitants de son île. Julie en connait le coût.

A quinze ans et demi elle doit quitter sa chère Karukera. Elle s’envole pour les terres de la banlieue parisienne. La routine prend racine. Le froid. Le bitume. Le froid. Les levers matinaux sombres et brumeux. Le froid. Le bac scientifique. La discipline. Puis le bac qu’elle obtient. Et toujours cet exil… Heureusement sa tante est là pour l’aider à atterrir. Mais les moments de répit n’ont qu’un temps. Julie passe du cocon familial à la vie d’étudiante solitaire.

Lancée dans l’aventure, elle apprend très vite à se débrouiller pour financer ses études de chimie. Comme tant d’autres, elle goûte à cette vie faite de petits morceaux que l’on raccroche… la vie d’étudiante à Paris. La petite chambre. 9 m2. Les p’tits boulots, ces petits bouts auxquels on s’accroche. Des cours de soutien qu’elle donne par ci, des partiels par là. Et les cartes postales de sa mère. Qui chaque semaine ; Oui chaque jour, lui parviennent. Elles en tapissent les murs grisés de sa chambre de 9m2. C’est le temps de la débrouille que tant d’étudiants connaissent. Les partiels. Le RER. Et la pluie loin de cette douce averse caribéenne.

Julie donne des cours de soutien, aux gamins. Ça va un temps. Elle trouve un boulot de vendeuse au marché, sur un stand de volaille. Marie l’embauche mais la prévient. « Tu n’auras le droit à aucun retard. Si tu n’es pas là à 6h30, ne viens plus. J’ai une clientèle très exigeante » avant d’ajouter. « Je n’ai jamais embauché de noire mais tu devras faire tes preuves. Les gens du coin n’ont pas vraiment l’habitude. Mais tu t’en sortiras. Ils ne connaissent pas, c’est tout ». Nous sommes dans une petite bourgade à 40 km à peine de Paris. Chaque samedi Julie vend poulets, pintades, lapins crus ainsi que du fromage et des œufs.  Elle crie et sourit. « Du poulet, du fromage, des œufs frais!!! » Très rapidement, la clientèle se fait à elle et s’accroche à son sourire. Julie devient distributeur de bonne humeur. Confrontée à̀ une réalité́, celle d’un village où sa couleur peut devenir un handicap elle en fait une force. Avec son sourire et sa bonne humeur elle renverse la vapeur. C’est son don, son talent.

Un soir, Julie sort faire la fête à Paris. Elle aime tant danser et s’amuser avec ses amis. Elle danse toute la nuit et rentre se changer au petit matin pour enchainer le travail. La vie d’étudiante oblige. Un peu ricrac, elle doit prendre un RER pour être à l’heure à son travail au marché. Sa patronne l’avait prévenue : « Un retard et je ne te reprends pas. Tu n’as qu’une chance ! ». Julie n’arrive pas à avoir le RER mais elle enchaîne et se met à courir, jusqu’à la station suivante. Julie le voit. Il n’est qu’à quelques mètres. Vu de l’extérieur, il est quasiment impossible qu’elle le prenne. Mais elle court. Elle  se dit « il faut que je regarde le train. Je ne dois pas arrêter de le regarder. Si je le perds des yeux, je rate le train ». C’est du mental que l’on construit notre force. Julie le prouve et réussit à avoir le train. Elle reste une année chez Marie avant de partir aux Antilles rendre visite aux siens. Sa bouffée d’air…

A suivre… rdv le 8 mars 2017.

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