Si le champagne était féminin, il serait la galanterie. Mais celle-là est bien trop masculine et trop peu virile pour qu’on puisse vouloir en abuser. Et le champagne est aujourd’hui féminin et elle est l’impérieuse boisson.

Histoire : La galanterie, bien affriolée de belles phrases, d’adjectifs poétiques et d’épithètes complaisants, la galanterie se présentait comme un hommage rendu au beau sexe, comme un désir pernicieux cherchant les temples de jeux. Le champagne y était offert par coupe, comme un petit luxe, comme une petite bague éphémère, comme un gage de respect dans un espoir d’une relation réjouissante. Ainsi le champagne est devenu une petite monnaie symbolique de sourires et de contentements de peu de mieux. Rapidement, la noble boisson s’expatria en champagne de communion, réutilisée en bulles de mariage et en Pop de Nouvel an.

La galanterie en tant que geste commercial masculin est enfin en déclin. Le champagne reprend donc ces lettres de noblesses auprès des femmes.

Il se boit aujourd’hui à la tulipe, reléguant aux amoureux des biscuits roses de tremper les coupes sinusoïdales de Marie-Antoinette, de Joséphine de Beauharnais, de Madame de Pompadour, de Madame Du Barry, de Diane de Poitiers ou encore d’Hélène de Troie.

Les bouteilles ne se partagent plus avec toute la tablée ; on ne sert plus un fond aux enfants ; on n’attend plus le dessert. La bouteille est sur la table ; vous buvez au cours du repas ; les verres ne doivent jamais être vides, et la bouteille doit régulièrement être remplacée. Vous ouvrez la première à l’apéritif, avant de servir les apéritifs, à la place même des apéritifs ; vous en oublierez peut-être de dîner. Vous comptez une bouteille pour quatre, pour lever la discussion. Vous comptez une bouteille pour deux, pour installer l’ambiance. Vous ne comptez jamais une bouteille pour une, sinon invitez le premier nom de votre répertoire, pour ne pas boire seule. Vous buvez avec vos amis, vos amours, vos futures conquêtes, vos prochaines erreurs.

Conjugué au féminin, le champagne n’est plus offert, mais partagé. Il n’est plus glacé mais à 14° voire 16°. Il ne souhaite plus « à ta santé », mais il discourt sur le bonheur de boire ensemble.

Bu au féminin, le champagne est plus rarement cristallin, il est toujours fin, il est vineux, singulier, original, inattendu. Il fait parler de lui, à murmure, à petits cris consentis et retenus. Il n’est plus doux, ni demi-sec ; il est brut, extra-brut, ultra-brut. Il peut être rose pour les vierges et quelques débutantes. Il peut être Blanc de blanc, Blanc de noir, ou encore de cépages oubliés. Il est toujours calme et imposant.

Puis la bouteille est vide, et s’il n’est pas l’heure de dormir, l’on ouvre la suivante, parmi la sélection que je vous ai préparée. Bonne dégustation.

ma sélection...

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