Vendredi 21 avril à 20h30, une ruée de fourmis traversait la passerelle, sous les yeux écarquillés des rameurs et batteurs. Pour la première fois depuis 25 ans de silence et de travaux, le pouls de l’Ile Seguin, comme un vaisseau amiral, s’est remis à battre. 

Un lieu où tout est possible
Ancré dans la « Vallée de la Culture » des Hauts-de-Seines, l’Ile Seguin a de nouveau ouvert ses portes ce week-end, transformée. Ce n’est plus seulement aux aurores que les ouvriers se précipiteront désormais sur l’Ile pour venir y travailler aux usines, mais de jour comme de nuit, embarquer pour d’autres galaxies, dans un lieu dédié à la musique et à l’art. 
Première institution culturelle française à faire l’objet d’un partenariat public-privé (PPP), ce navire vient enrichir l’offre de scènes de la capitale, où les ouvertures, réouvertures et rénovations se succèdent ces dernières années: Philharmonie de Paris, Auditorium de Radio-France, Salle Pleyel, Elysée-Montmartre, Bataclan…
La Seine Musicale - Ô Mag
Pour cet ambitieux projet architectural de 36 500 m2, l’architecte japonais Shigeru Ban (prix Pritzker en 2014  – équivalent architectural du Nobel) s’est associé à Jean de Gastines, avec qui il a déjà réalisé le Centre Pompidou Metz en 2009. 
Shigeru Ban dit avoir voulu créer « l’image d’un grand navire », avec une « voile protectrice faite de panneaux photovoltaïques ». Montée sur rails, cette voile suit la course du soleil, d’Est en Ouest. 
A la capitainerie, Jean-Luc Choplin, ancien directeur du Théâtre du Chätelet et président de la programmation artistique, souhaite proposer à la Seine Musicale une programmation éclectique pour attirer les publics de l’Ouest Parisien. « C’est un lieu où tout est possible », affirme-t-il. Elle accueillera toutes les musiques: classique, jazz, électronique, world music, opéra et comédie musicale.
 
Un prix Nobel pour l’ouverture
Quelques jours après la scène du Zénith, la Seine musicale s’est offert vendredi soir, un premier concert de prestige avec une légende: Bob Dylan. Premier parolier littéraire de l’histoire du rock, son pseudonyme tient pour hommage au poète gallois Dylan Thomas. A 75 ans, la star américaine vient de recevoir le prix Nobel de littérature ce qui fait de lui le premier musicien à être récompensé par l’Académie suédoise. 
Pendant près de deux heures, avec son Band, Dylan a testé en avant-première, devant une salle comble, les technologies de pointe de la « Grande Seine », la plus grande salle de la Seine Musicale. Chapeau blanc et costume orné de strass, sans un bonjour, Bob Dylan s’est installé au piano, l’instrument de son enfance, aux côtés de ses 5 acolytes aux costumes impeccables. Ensemble, ils ont repris des standards américains des années 30- 50 et quelques chansons des 500 du répertoire. Entre deux morceaux de folk, country, rock, l’orchestre a amorcé des musiques plus jazz. Le bluesman est devenu crooner, chancelant barre et micro en mains, reprenant « Melancholy Mood », « I Could Have Told You » de sa voix nasillarde et rugueuse. 

Après un bis, sous les standing ovations, le Band a salué son public avec élégance et humilité avant de filer. Après Paris, Dylan et son Band sont attendus au Bénélux, avant l’Allemagne puis la Grande-Bretagne dans le cadre de ce « Never Ending Tour » commencé dans les années 80. Pourvu qu’il ne s’arrête jamais…

Recommended Posts