J’ouvre une saga vous racontant mon week-end prolongé à Angers et en Anjou. Région calme et, finalement, aventureuse.

La France est belle. Certainement plus belle que les plages paradisiaques vendues en promo sur internet, où les armées de moustiques attendent avidement la tombée de la nuit pour vous bouffer, où les tornades et les typhons se chamaillent les côtes 6 mois l’an, où il faut diluer son rhum pour que la chaleur ne vous endorme pas pour tout le restant de la journée, où l’on est accueilli que pour autant qu’on paie sans râler en écoutant les plaintes des indigènes.

En France, il n’y a pas des spots partout (c’est pas Paris non plus !), mais il y a plein d’endroits où il fait bon vivre, même une heure ou un an, seulement un jour ou une vie. Parmi ceux-là, j’ai passé quelque temps en Anjou (= le pays autour d’Angers, pour les passionnés de géo).

V*** et moi partîmes un week-end chez un couple d’amis, qui depuis quelque temps déjà nous invitaient sur l’île de Behuard. Endroit bucolique et merveilleux, naturel, sympathique et concentré. Cette île lieu-dit qui ne connaît qu’une seule route, a ce charme vénitien d’ignorer les voitures oubliées à l’entrée. C’était petit et on y était bien. Le bar chantait du jazz, le restaurant servait des anguilles, c’était un hameau où l’on fait le tour si vite que l’on croyait tout connaître dans une après-midi au cours d’une promenade sur la Loire ?

C’était idyllique, comme une publicité de vêtements bio. Nous étions presque à nous prendre par la main comme un couple hétéro qui veut promettre des enfants à tout le monde. Ce n’était pas un sylver-calme, on ne se croyait pas dans une retraite à Etretat, nous étions bien, détendus, rieurs. Nos étreintes restaient fougueuses, nous fumions nos cigares, le vin racontait son caractère, le temps passait, le plaisir était là.

Comme d’évidemment, le week-end fut trop court et nous continuâmes dans une location à Angers pour la semaine. En journée, V*** travaillait avec cet ami et moi je rédigeais mes articles en retards. Tout le monde était studieux. Le soir, nous profitions du beau temps et de cette ville bigarrée, affichant côte à côte des maisons à colombages du XVe siècle, des pavillons XVIIe, des magasins Belle Époque et une Poste Art Déco. Nous avions adopté aisément les zones piétonnes et les terrasses où il faut boire le Cointreau Fizz, l’alcool obligé de la région. Les débuts de soirée s’occupaient à trouver une chaise où s’asseoir dans la rue, puis à discuter, à boire, et à penser à ce qu’on allait manger. Sans complication électorale, nous étions bien, mais nous savions que cela venait surtout de notre statut de vacanciers ou du moins d’invités. Ainsi, aucune facture ne venait troubler nos soirées, bien que le glas du 2e tiers provisionnel nous attendait certainement dans notre boîte aux lettres parisienne. En attendant l’application de l’impératif catégorique fiscal, nous étions bien parce que les lieux étaient beaux, parce que les magasins étaient ouverts, parce qu’il y avait des jeunes en terrasse, des étudiants, des start-up, des ingénieurs autoentrepreneurs spécialistes en objets connectés qui savent qu’il vaut mieux aborder une femme avec un verre de liqueur qu’avec une blague sur l’IoT.

Nos hôtes nous ont raconté leur histoire jusqu’à leur installation. Madame était de la région et, après une fugue pour faire du théâtre pendant quatre ans en Auvergne, après un premier amour inabouti, et au cours d’une tentative d’enrichissement à la Capitale pendant un an, elle y trouva son Monsieur. Lui, banlieusard, après à un week-end de Toussaint chez les beaux-parents angevins, il se renseigna sur les aides pour créer sa start-up. Il trouva. Le couple s’installa à Angers, profitant le week-end de la maisonnette des beaux-parents sur une île dont j’ai déjà fait l’éloge.

Dans toutes nos discussions, le mot qui revenait le plus souvent était celui de calme. Ici, tout se passait bien, sérieusement et calmement. Les clients étaient objectifs, les fournisseurs professionnels, l’administration communicante, et tout le monde restait à l’heure. En s’installant dans la région, il n’avait pas été accueilli comme le messie, mais il était apprécié. Il s’était installé, et on savait qu’il était là, on savait faire appel à ses compétences et il savait demander de l’aide. C’était calme.

C’est ce calme d’esprit de la région qu’il lui avait plu, et c’est ce qu’il retrouvait tous les jours. C’est ce calme apaisant que j’ai apprécié en Anjou.

Par Bénédicte

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