Un souffle de drogue dans les rues de Berlin… Il sépare, rapproche les âmes au grès de ses humeurs et virevolte, virevolte… Ce souffle, dépeint par Amélie Vrla dans Elle répondit : « Berlin, baby! », caresse la peau en y laissant des frissons. Il se déplace tout au long du livre. Il traque, chasse quiconque pourrait lui succomber. Ce livre en est un témoignage poignant.

Elle répondit : « Berlin, baby! »
Chroniques de la drogue ordinaire

Cet octobre 2015, Amélie Vrla nous gratifie de son nouveau livre, recueil de 5 nouvelles, réceptacles des sentiments, émotions, problèmes de 5 personnages féminins: Anna, amoureuse d’un jeune drogué, Lily, qui tente de recoller les morceaux avec son frère, Lisa, américaine à Berlin qui découvre les lois de la ville, Sommer, mise face aux problèmes que cause une ex trop présente et Aurore, qui erre dans les rues pour trouver un sens. Ces 5 histoires sont entremêlées d’amour, de drogue, de déchirures… Cette drogue qui fait des ravages et qui est un moyen de se rapprocher ou au contraire de s’éloigner. Et pourtant, ici, aucun jugement. Amélie Vrla raconte, dans un long poème, l’intérieur de l’âme des personnages auxquels on s’attache. Nous n’approuvons pas leur actions mais cherchons pourtant à les comprendre. Pourquoi la drogue? Comment en sont-ils arrivés là?

Cette image de Berlin, une ville de fête, de drogue, parsème la société. C’est ce cliché qui est repris ici. On donne à voir des scènes de combat, un combat contre soi-même. Des scènes dures, voire violentes. Mais d’une délicatesse déconcertante. Une finesse de l’écriture. Un long poème. Mais pas l’un de ceux que l’on ne comprend pas. Celui-ci reste accessible et l’identification aux personnages est immédiate. Pas que vous deviez être spécialement dans le milieu de la drogue pour comprendre. Les personnages sont mis face à des choix difficiles, ils recherchent dans cette poudre blanche ou ces petits cachets un sens, peut-être une réponse, un échappatoire au monde environnant. On recherche une forme de rêve éveillé, supprimer les mauvaises parties de la vie pour ne garder que les meilleures. Ne pas vivre en somme. Etre amorphe, en dehors de tout.

L’auteur nous offre une écriture spirituelle, ironiquement légère. On joue sur le style, les phrases sont courtes, l’écriture est morcelée en paragraphes concentrés pour suivre de manière plus proche le déroulement des pensées du personnage. Elle est à l’image du développement de la conscience. Insouciante mais paradoxalement dure et surtout très personnelle.

« Des yeux dans lesquels on aurait cru voir une vitre, une fenêtre aux carreaux sales donnant sur une pièce au fin fond de laquelle, petite, diminuée, bien cachée, plus capable d’aucune émotion, gisait la pupille, être anesthésié, vidé de son suc, de sa sève, amorphe et stupéfait, vide intersidéral, cri de douleur muet. »

La ville de Berlin s’insinue dans ces histoires comme une ombre menaçante mais rassurante, qui peut enfoncer les personnages dans leur malheur comme les en sortir. Une lutte incessante, une rage de vaincre, de vivre, mais un besoin irrépressible de s’abandonner.

Un petit bijou.

Vous pouvez consulter le site de l’auteur ici.

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